prédication du 02 mai 2021

Jean 15  C’est moi qui suis la vigne ; vous, vous êtes les sarments.

Prédication  Jean 15,1-8  

 

1 Moi je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. 

 
2 Il enlève tout sarment qui, uni à moi, ne porte pas de fruit, mais il taille, il purifie chaque sarment qui porte du fruit, afin qu’il en porte encore plus. 

 
3 Vous, vous êtes déjà purs grâce à la parole que je vous ai dite. 

 
4 Demeurez unis à moi, comme je suis uni à vous. Un sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même, sans être uni à la vigne ; de même, vous non plus vous ne pouvez pas porter de fruit si vous ne demeurez pas unis à moi. 

 
5 Moi je suis la vigne, vous êtes les sarments. La personne qui demeure unie à moi, et à qui je suis uni, porte beaucoup de fruits, car sans moi vous ne pouvez rien faire. 

 
6 La personne qui ne demeure pas unie à moi est jetée dehors, comme un sarment, et elle sèche ; les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent. 

 
7 Si vous demeurez unis à moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voulez et cela sera fait pour vous. 

 
8 Voici comment la gloire de mon Père se manifeste : quand vous portez beaucoup de fruits et que vous vous montrez ainsi mes disciples. 

 

Introduction

Lorsque Fr. m’a demandé de la remplacer vendredi soir, je me suis dit qu’avec ce que Florence Blondon, pasteure à l’Etoile, avait écrit dans le dernier Réforme que je venais de lire et avec les notes bibliques et la prédication que l’EPUdF offre sur son site et, bien sûr avec un peu d’aide du Saint Esprit, j’arriverai bien à vous dire qqch qui ressemble à un sermon !

Contexte

Commençons donc, comme ça se fait quand on prépare une prédication par bien lire le texte et le replacer dans son contexte. Ce passage bien connu se situe donc dans le long discours de Jésus lors du dernier repas. Il a lavé les pieds de ses disciples, il a annoncé qu’il va être trahi et désigne même le traître en donnant directement à Judas un morceau de pain ; dès que Judas est sorti, il leur donne un commandement nouveau « Que vous vous aimiez les uns les autres » ; il continue en annonçant que Pierre le reniera, et que le chemin vers le Père passe par lui, Jésus, mais qu’après son départ le Père leur enverra un Défenseur, l’Esprit de vérité, le Saint Esprit qui « leur enseignera tout et leur rappellera tout ce que lui, Jésus leur a dit. » (14, v26)

Après ces 2 chapitres 13 et 14, s’ouvre le chapitre 15 avec ces mots « Je suis le vrai cep…». Cette formule « Je suis », nous l’avons déjà entendue plusieurs fois dans l’Evangile de Jean : « Je suis le pain de vie » au chapitre 6, « Je suis la lumière du monde » au chapitre 8 et « Je suis le bon berger » au chapitre 10. Mais elle évoque pour nous, et probablement pour les disciples, la réponse de Dieu à Moïse qui lui demande son nom ; Dieu répond « Je suis qui je serai. » Jésus s’est toujours présenté à nous comme Fils d’Homme et non comme Fils de Dieu, attribut que l’Eglise lui a conféré quelques siècles plus tard. Par contre il signifie clairement par là son intimité avec le Père.

La vigne

Par contre le terme de vigne est parfaitement clair pour les disciples. Ils savent qu’elle représente le peuple de Dieu et que Celui-ci prend soin de sa vigne ; la preuve, la 1ère chose que fait Noé après le déluge, c’est de planter une vigne ! Un autre passage est beaucoup plus clair. Lorsque Moïse envoie des espions en Canaan, ils reviennent de leur exploration avec une grappe de raisin si grosse qu’il faut la porter à deux (Nb 13, 23). Comme le dit Florence Blondon, cette grappe symbolise la promesse de Dieu ; la vigne est le signe de l’espérance, de l’accomplissement de la promesse. Mais la métaphore de la vigne se situe encore ailleurs, elle est celle du peuple de Dieu. On entend en écho la description de la vigne donnée par Esaïe au chapitre 5 ; je n’en cite que quelques extraits : « Mon ami avait une vigne sur un côteau fertile, il en travailla la terre, ôta les pierres et y planta un cépage de choix…Il espérait qu’elle produirait des raisins, mais elle a produit

des fruits infects ! » et au verset 7 « Or la vigne du Seigneur des Armées, c’est la maison d’Israël et les hommes de Juda, c’est le plant qu’il chérissait. Il espérait l’équité et voici le crime ! – la justice et voici le cri des victimes ».

Les paroles que Jean met dans la bouche de Jésus s’adresse clairement à l’Eglise naissante qui est mise en garde contre les « fruits infects » de l’injustice, laquelle ne se combat que par l’amour. C’est ce que Jésus va leur dire juste après : « Voici mon commandement : c’est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. » Revenons à notre texte ;

Les sarments

« Je suis la vraie vigne et c’est mon Père qui est le vigneron », selon la traduction de la Nouvelle Bible Segond. Et plus loin : « C’est moi qui suis la vigne ; vous, vous êtes les sarments. » Tout est dit : nous sommes les sarments ! Et à quoi servent les sarments, sinon à porter des fruits ! Les fruits que le Seigneur attend de nous, il est clairs que ce sont de bons fruits et non des fruits infects ou aucun fruit ; Esaïe nous a prévenus et Jésus nous le redit : « Tout sarment qui, en moi, ne porte pas de fruit, il l’enlève. »

A la 1ère question que nous nous posons – qu’est-ce qu’un bon fruit ? – nous savons déjà que équité et justice sont à rechercher.

L’équité, d’après le dictionnaire, c’est la « notion de la justice naturelle dans l’appréciation de ce qui est dû à chacun ». En cette période de pandémie, c’est, entre autres, la question de « qui doit recevoir le vaccin en premier » ? Sommes-nous sur un pied d’égalité les uns et les autres ? C’est la question que doit se poser tous les jours le président de la République lorsqu’il prend des décisions sur la pandémie, décisions qui devraient être acceptables par tous, mais ne paraissent pas justes à beaucoup de monde !

Sur un plan plus personnel, l’équité c’est, par exemple, la manière dont nous essayons de traiter nos enfants quand on en a plusieurs. Ou la manière de répondre à toutes les demandes de dons qui nous sont faites chaque jour : à qui dois-je donner de préférence ? C’est notre manière à nous de nous sentir « équitable ».

Quant à la justice, je parle de celle des hommes, pas de celle de Dieu, elle laisse beaucoup à désirer. Je pense au procès du Médiator qui vient de se terminer et au travail acharné de notre amie pneumologue Irène Frachon pour faire condamner par les laboratoires Sevier, au nom de tous ses patients décédés ou encore en souffrance, et les faire indemniser : c’est en partie gagné, mais pour le délit d’escroquerie, c’est raté. Suite à l’appel du Parquet, il y aura un second procès, plus tard …

Les sarments et le cep

Jusque-là je parlais des sarments porteurs de fruits, mais le sujet de notre texte ce ne sont pas les sarments seuls : ce sont les sarments attachés au cep. Le verset 4 nous dit : « Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure attaché au cep, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi. » Nous est clairement posé la question de notre attachement à Jésus le cep. Quel temps consacrons-nous à la prière ou à la méditation pour écouter ce que le Seigneur a à nous dire ? Prenons-nous le temps de lire la Bible ou des livres qui nous rapprochent du Seigneur ? A côté de notre « faire », pensons-nous aussi à « être », à vivre comme le Seigneur nous le demande ? Avons-nous découvert ce que le texte nous dit, à savoir « demeurez en moi », ce qui est le vrai moyen de porter beaucoup de fruits ? 

Cette proximité avec Jésus est le gage de la réussite à porter du fruit, puisque lui demeurera aussi en nous et « tout ce que nous demanderons, cela nous arrivera », dit le texte.

La suite de notre texte donne une voie à suivre, mais nous la connaissons déjà ! Le verset 12 dit : « Voici mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. » Cela nous amène au point suivant : Quels sont les bons fruits que nous portons ensemble en tant que paroissiens ?

Les fruits paroissiaux

Apparemment, il n’y a pas trop de conflits dans la paroisse et nous essayons tous de nous aimer les uns les autres, mais comment faisons-nous les uns et les autres personnellement ou collectivement pour faire ce qui est clairement notre mission de base : annoncer l’Evangile, la bonne nouvelle à nos contemporains. Est-ce que le vigneron, Dieu le Père, voit apparaitre des fruits suite à nos attitudes, témoignages, manières de vivre, de parler ? Nous ne le saurons jamais, pas avant que ne nous rencontrions le Père personnellement ! Mais on n’est pas pressé : d’abord vivre la vie qui nous est donnée !

Côté paroissial, je crois que nous essayons de faire au mieux ; en étant présent sur la ville et en offrant toutes les occasions possibles pour que les gens puissent se sentir accueillis s’ils décident d’en savoir un peu plus sur ce que nous croyons, l’espérance qui nous fait avancer avec un minimum d’optimisme, même en ces temps difficiles à vivre. Il est clair que nous pouvons nous améliorer, en particulier pour faire passer le message de l’Evangile par les médias que nous commençons à maitriser un peu mieux : le culte est diffusé sur notre site, des essais de mise de prédications sur YouTube avec prélèvement du son directement sur la sonorisation du temple. Les choses avancent petit à petit.

Notre Entraide témoigne de notre souci des plus pauvres et des plus malheureux de notre société : personnes seules, migrants, personnes ayant besoin d’aide ou de contacts. Nous faisons de notre mieux pour aider et aimer notre prochain : ce sont surement des choses qui vont dans le bon sens.

Fruits personnels

Côté personnel, je ne peux parler que pour moi, mais probablement que ce que j’ai à dire sur le témoignage personnel est partagé par un certain nombre de paroissiens. Dans la vie courante et dans notre pays aujourd’hui, il n’est pas facile de parler du message de l’Evangile. Depuis des années, nos voisins nous voient partir au culte à peu près tous les dimanches et pas une fois nous n’avons eu l’occasion de dire pourquoi nous y allons ; nous n’avons pas su trouver le moyen de contourner l’indifférence qui nous entoure.

Est-ce plus facile en famille ? Avec ceux ou plutôt celles de nos enfants qui sont sensibilisées, les échanges sont faciles même si les engagements sont différents.

Par contre avec les petits-enfants, ce n’est pas simple. Je suis persuadé que nous avons à trouver d’autres manières de parler de Dieu et beaucoup de pasteurs ou prêtres pensent la même chose. Je suis particulièrement intéressé par le message que les apôtres ont diffusé avant les premiers écrits du nouveau testament, celui que l’on essaye de retrouver dans la source Q, source écrite disparue dont Marc, Matthieu et Luc se sont inspirés. Il semble que dans la Bible que nous connaissons, beaucoup de choses ont été écrites, comme le dit Jean au verset 31 du chapitre 20, « pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Filsde Dieu, et que, par cette foi, vous ayez la vie en son nom. » Or ce qui pouvait aider à faire croire au 1er siècle de notre ère, puis dans les dogmes successifs, pourrait bien être précisément ce qui fait que beaucoup de nos contemporains se détournent du christianisme.

Un pasteur comme Daniel Marguerat prend ses distances par rapport aux Evangiles dans son dernier livre « Vie et destin de Jésus de Nazareth » ou pour le moins propose des interprétations qui donnent à réfléchir sur des points aussi cruciaux que la naissance de Jésus et la résurrection.

De son côté le pasteur Jean-Paul Morley, dans son livre « Penser Dieu aujourd’hui », propose un regard différent sur la création et toute-puissance de Dieu en relisant le Décalogue, le Credo et le Notre Père. Dans sa préface Olivier Abel, professeur à l’Institut Protestant de Théologie écrit : « En lisant cet ouvrage, chacun qu’il soit croyant ou incroyant, est invité à se demander s’il n’y aurait pas une autre manière de penser Dieu aujourd’hui, affranchie du prêt-à-penser véhiculé par les Eglises au cours des siècles précédents. »

Conclusion

Finalement je n’ai guère utilisé l’article de Florence Blondon dans le dernier Réforme et je me suis laissé aller selon ma vision des fruits qui nous sont demandés. Mais il est clair pour moi que le plus important dans ce que j’ai pu dire c’est le lien entre le cep et les sarments, c’est-à-dire notre relation directe avec le Seigneur quelle qu’en soit la forme.  Amen

 

Philippe WESTERCAMP, 02 mai 2021

 

 

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