Prédication du 26 janvier – L’Unité : elle se construit

par le pasteur Jean-Marie de Bourqueney

Thème : L’Unité : elle se construit

Lectures : Actes 27

 

 

Ce texte du livre des Actes résonne dans notre esprit avec toutes nos histoires et nos situations :

  • Expérience maritime de la tempête et du risque qui nous oblige à la décision rapide, y compris celle d’abandonner notre cargaison pour survivre
  • Bien sûr, on ne peut qu’imaginer aussi toues ces situations d’aujourd’hui en Méditerranée de personnes qui ont pris le risque de la mort pour fuir leur pays pour choisir une situation, souvent fantasmée d’eldorado, de nouvelle Jérusalem dorée qu’ils espèrent trouver en Europe. L’île de Malte de ce récit est le Lampedusa de notre monde.
  • Chacun peut y voir aussi l’expérience de ses propres tempêtes traversées dans la vie, où d’un coup, on e voit plus l’avenir où l’horizon nous échappe, où le risque devient peur et la peur devient angoisse
  • Cette tempête est aussi l’histoire de notre christianisme, qui a traversé bien des tempêtes qu’il a lui-même provoquées : « hérésies » (alors que le mot est positif) des premiers siècles et non acceptation de la diversité des pensée et des expressions de foi, puis Croisade où l’autre, le différent, devint l’objet de notre haine (raconter orthodoxes croisade ou purification BHL), Inquisition et bûchers ; Guerres de religion (vs ce qui nous unit), antisémitisme qui a mené au pire du pire, Défiance vis-à-vis du différent de l’autre. Anecdote du monstre/frère

Oui tout cela se joue dans ce texte. :

  • L’aléa de nos histoires qui sont comme des navigations. Euraquilon est ce vent que l’on ne prévoit pas (// Mistral de ma Provence). Nous ne sommes pas des tous sachants. Nos Églises sont faillibles, surtout dans leur prévision et dans leur manière d’appréhender le monde. Ni plus ni moins que nos sociétés. Elles n’ont pas plus appréhendé la montée de l’horreur absolue au siècle dernier avec la Shoah, ou la discrimination entre noir et blancs en Afrique du Sud ou aux USA. Et, pire, elles l’ont parfois justifié. Elles n’ont pu comprendre ces nouveaux phénomènes de migrations mortelles ou de crise écologique. Bien sûr il y eut de prophètes, mais leurs voix n’ont pas toujours été entendus. Il aura fallu du temps, beaucoup de temps. Nos Eglises, comme l’équipage de ce bateau, bricolent. Elles font ce qu’elles peuvent. C’est aussi ce qui fait leur beauté. « Ce qui fait la grandeur des religions etc… »
  • Mais dans ce bricolage d’un équipage en péril, on découvre aussi la valeur de l’être humain. Paul est parti comme prisonnier, au bas d l’échelle, en fond de cale et le voilà au travers de cette expérience qui prend les commandes du sauvetage :
    • Inversion des valeurs « stéréotypées » ; valeur de la surprise
    • Sauvetage et salut
  • Ce sauvetage / salut est renforcé par le double niveau de ce repas : partage du pain donne courage / Cène renforce notre foi et notre fraternité
  • Tous parvinrent sains et saufs : au-delà de cette expérience traumatisante où « tout » a été perdu, tout le monde est « sauvé »

 

Notre société se crispe. Nous sommes trop souvent au bord de la crise de nerf. Gilets jaunes, réforme des retraites, votes extrêmes en 2024, qui succèdent à d’autres « objets de crispation », et qui en annoncent sans doute d’autres. Aujourd’hui, notre monde se fracture. Tout le monde devient contre tout le monde. Nous voulons imposer nos idées par la force, et parfois la violence, sans même écouter ni cultiver ce qui nous relie aux autres. Chacun est dans son réseau d’information, sans entrer en débat avec les autres. Ces réseaux qui n’ont rien de sociaux mais deviennent asociaux… Comment passer de ce chaos à la paix sociale dans une forme de dynamisme créateur ?

Remontons aux temps le plus anciens de nos racines religieuses, avec les douze tribus d’Israël. Même si l’on ne sait pas tout de ces temps où se mêlent réalité historique et construction narrative plus tardive des textes bibliques, on peut néanmoins y voir une piste pour nous aujourd’hui. Ces douze tribus avaient un principe de fonctionnement entre elle, sur le mode de la complémentarité. Chacune contribuait au bien commun (par exemple pour les sacrifices religieux). Mais si l’une manquait à l’appel, la machine s’enrayait. Chacune était donc indispensable, singulière, précieuse. Chacune ne pouvait pas non plus décider seule du bien commun. Nous n’étions pas dans une dictature des minorités qui veulent imposer des idées par la force. Le dialogue était l’unique voie de sortie. D’ailleurs ce système prit fin car les tribus se séparèrent en deux royaumes, celui d’Israël au Nord et celui de Juda au sud… Mais revisitons ce principe comme un idéal à retrouver.

Nous venons, cette semaine, de vivre la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens. Soyons clairs. Nous ne voulons pas qu’un jour il y ait une seule Église. Ce serait un appauvrissement de nos traditions et convictions, et surtout un risque d’uniformisation de la pensée. Mais pensons en termes de complémentarité. Le dialogue reste notre étoffe. Notre Unité est fondatrice : l’unicité de Dieu. Elle n’est pas un horizon institutionnel à atteindre mais une acceptation de la diversité des compréhensions théologiques, et même de ce que le philosophe Paul Ricoeur appelait le « conflit des interprétations ». Celui-ci est indispensable à la santé mentale des individus et des sociétés. Notre christianisme a peut-être ce modèle à proposer à notre monde : être un et différents, être frères et sœurs sans être jumeaux. Une famille peut s’engueuler mais cela reste une famille…

Nous sommes aujourd’hui cet équipage sur ce bateau : Bricoleurs mais aussi prophète ou mieux « anges », c’est-à dire porteurs de bonnes nouvelles, au sens étymologique du terme. Soyons complémentaires, et ensemble dans notre volonté d’un Oecumenisme pratique : agir, accueillir, partager.

Jean-Marie de Bourqueney

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