Prédication du 8 février 2025 – Dis-moi quel est ton Dieu ?

par le pasteur Jean-Marie de Bourqueney

« Dis-moi quel est ton Dieu ? »

Paraboles du Semeur et des talents Mt 13,1-9 ; 13,18-23 ; 25,14-30

« Dis-moi quel est ton Dieu ? »

Dieu est bien le Dieu de tous, mais chacun ne le comprend pas de la même manière… regards différents jusque dans la Bible : puissance chez Moïse et fragilité avec le « léger souffle » dans le récit d’Élie. Or, les images que nous avons de Dieu, de la transcendance, modifient nos comportements dans la vie de tous les jours.

  • Lecture sur le fond de la parabole des talents :

Voilà que ceux qui ont reçu plusieurs talents (a donné le mot) le font fructifier. Ce que noud avons reçu de Dieu est à faire fructifier et pas à gâcher…jusque-là d’accord parabole contre le gâchis et pour la valorisation des personnes. Mais là où cela se gâte c’est la fin : celui qui n’avait qu’un talent le cache ; réflexe protectionniste qui veut rétablir toutes les frontières. // montée des nationalismes et des replis… IL a perdu toute confiance et du coup tout amour. Il a peur de l’avenir, peur du présent. On peut ainsi avoir une lecture sur la peur qui peut nous gagner. Mais là où cela se gâte encore plus c’est la conclusion puisque le maître, figure de Dieu, affirme qu’on lui enlèvera le peu qu’il a…. Est-ce l’image que nous aimons d’un Dieu de pardon. Imaginez-vous cette scène en réel… au lieu d’aide les plus défavorisés nous leur enlevons le peu qu’ils ont ! c’est vrai que c’est hélas une réalité mondiale puisque la richesse des uns se nourrit de la pauvreté des autres… mais lecture spirituelle : pourquoi ce jugement plutôt que c pardon. ? Sans doute, et el pères de l’Église l’avaient compris, il s’agit de la figure de Dieu autrement dit de l’image de Dieu qu’a cet homme. Les premiers ont l’image d’un Dieu qui donne et qui me pousse à faire fructifier, à partager donner… tandis que le troisième depuis le départ a l’image d’un Dieu qui me demande de protéger un trésor, un sacré d’un Dieu qui ne me pousse pas à m’engager dans la vie, d’un Dieu féroce …autrement dit, cet homme n’est pas jugé par Dieu dans le texte mais par l’image qu’il se fait d Dieu. C’est hélas souvent vrai… combien de culpabilité naissent de l’image que ‘l’on se fait de Dieu, du péché, du Dieu qui juge. Si nous comprenons Dieu comme féroce, alors nous deviendrons au mieux culpabilisés et au pire féroces à notre tour. Si nous voyons Dieu comme cette énergie de confiance en l’être humain alors nous pourrons nous déployer dans la vie. Dieu est un Dieu père dans le sens où il me permet de grandir et d’acquérir ma liberté d’adulte responsable, et non pas le père qui me maintient dans l’infantilisation et l’absence de responsable liberté.

  • Allons plus loin au travers d’un détail de ces deux paraboles : l’attitude du semeur ou du maître,

deux figures de Dieu : Dans un cas il sème partout ce qui est absurde dans l’autre il s’en va et « abandonne » ses biens pas confie met abandonne… Qui le ferait ? Pour comprendre cette attitude que ‘l’on retrouve dans d’autres paraboles (par exemple le père prodigue qui laisse partir le fils avec sa part d’héritage), il faut remonter à la tradition de la Sagesse. C’est dans cette tradition que le mouvement pharisien s’est développé, mouvement qui a influencé les paroles de jésus, mouvement qui a donné le judaïsme contemporain, notamment par sa manière de raconter des paraboles, des histoires…

Dans cette tradition tardive de l’AT, la sagesse est une émanation, une créature de Dieu, comme une créature donnée au monde, une intelligence donnée au monde Proverbe 8 où la sagesse est personnifiée.

Revenir à théisme (Dieu intervient dans l’histoire) et déisme (Dieu est « le grand architecte », le créateur mais n’intervient pas directement dans l’histoire). La sagesse comprend Dieu dans un théisme relatif : c’est-à-dire un Dieu qui intervient mais qui laisse un espace de liberté et de responsabilité à l’être humain, Dans la parabole du semeur, nous sommes la terre. Dieu sème partout parce que c’est à nous de faire fructifier ou pas son don. C’est notre responsabilité… dans la parabole des talents, le maître s’en va et « abandonne » (traduction littérale du verbe grec) ses biens, c’est-à-dire il nous laisse comme responsables de la création et de la vie. C’est aussi une notion que le judaïsme développera plus tard avec le concept de « tsimtsoum » (rabbi Issac Lourya au 16°). Dieu nous laisse un espace de liberté au sein duquel nous sommes désormais responsables.

Au fond, on peut dire que Dieu intervient comme force de proposition mais que c’est l’être humain qui dispose. L’évangile nous propose une vision dialectique de Dieu : un Dieu éminemment proche, puisqu’il va se révéler dans la fragilité d’une naissance mais aussi d’une croix. Et en même temps un Dieu qui nous laisse infiniment libre. Le ciel et la terre ne sont plus qu’un : nous sommes le ciel, nous sommes la terre, nous sommes aimés, nous sommes aimants, nous sommes libres.

Jean-Marie de Bourqueney

Contact